Qu’est ce que la motricité libre chez bébé

Laisser son bébé libre de ses mouvements, sans l’installer dans des positions qu’il ne maîtrise pas encore, ça peut vraiment déstabiliser pas mal de parents. Pourtant, cette approche qu’on appelle motricité libre, développée dans les années 1960 par la pédiatre hongroise Emmi Pikler, change complètement notre manière d’accompagner le développement des tout-petits. C’est loin d’être juste une tendance du moment – elle s’appuie sur des observations scientifiques solides qui montrent tous les avantages d’une approche qui respecte le rythme naturel de l’enfant.

Qu’est-ce que la motricité libre ?

La motricité libre, c’est tout simplement laisser l’enfant libre de ses mouvements pour qu’il puisse explorer son corps et se développer en confiance. Cette approche va à l’encontre des pratiques classiques où on place le bébé dans des positions qu’il n’a pas encore acquises tout seul.

Le Dr Emmi Pikler était persuadée que le petit enfant est un être sensible et capable de se développer seul sans qu’on intervienne directement. Elle a testé ce principe dans la pouponnière qu’elle dirigeait à Budapest, l’Institut Loczy. Ses observations ont montré que le développement moteur se fait naturellement et dans un ordre précis, tout en donnant aux enfants un vrai sentiment d’accomplissement et de sécurité.

Attention, cette liberté de mouvement ne veut pas dire qu’on abandonne l’enfant ! L’adulte reste là, attentif et bienveillant, mais il n’intervient pas directement dans les acquisitions motrices de l’enfant.

Comment fonctionne le développement moteur naturel ?

Les premiers mois, le nourrisson a vraiment besoin d’être entouré physiquement pour construire sa sécurité affective. Une fois cette sécurité de base acquise, l’enfant va pouvoir s’exprimer par sa motricité et ça devient essentiel de lui permettre d’être libre de ses mouvements.

Grâce à l’activité spontanée, l’enfant devient acteur de son développement. Il peut tester les limites de son corps et expérimenter de nouvelles positions librement, comme le souligne Monique Busquet, psychomotricienne et formatrice. En répétant les exercices, l’enfant se prépare tout seul aux différentes acquisitions et progresse à son rythme.

Mieux vaut ne pas le contrarier en lui faisant faire des choses pour lesquelles il n’est pas prêt, comme l’asseoir ou le mettre debout trop tôt. Ces interventions risquent au contraire de le crisper et de le mettre en échec. Cette approche respectueuse permet de développer la motricité de façon harmonieuse et adaptée à chaque enfant.

A lire aussi  La peinture propre : activité sensorielle en crèche pour le CAP AEPE EP1

Quels sont les bienfaits de la motricité libre pour l’enfant ?

Les bénéfices de cette approche vont bien au-delà du simple développement moteur. La motricité libre permet aux enfants d’acquérir plus de confiance puisque ce sont eux-mêmes qui construisent leur propre chemin. Elle favorise aussi leur esprit d’initiative et leur créativité.

La psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek observe au quotidien combien le développement moteur des premières années est fondamental pour le reste de la vie. Le bébé qui est libre de ses mouvements va construire sa capacité à être bien dans son corps et à se relier aux autres à l’âge adulte.

Les bénéfices qu’on observe incluent :

  • Une meilleure confiance en soi et autonomie
  • Des séparations facilitées avec les parents
  • Un rapport plus aisé à son propre corps et à celui des autres
  • Une capacité renforcée à prendre son élan autonome

Cette approche globale rejoint les principes de la psychomotricité, qui considère l’enfant dans sa globalité corporelle et psychique.

Comment appliquer la motricité libre au quotidien ?

Dès les premiers jours, vous pouvez laisser votre enfant allongé sur un tapis au sol. Au fur et à mesure qu’il grandit, il va essayer de se retourner tout seul, d’attraper les objets placés à côté de lui, puis il finira par apprendre à ramper et à s’asseoir naturellement.

Un tapis d’éveil au sol suffit, de préférence ferme plutôt qu’un tapis en tissu qui glisse sous les pieds. L’essentiel c’est de réagir à ses progrès et de lui laisser les initiatives motrices en n’anticipant pas à sa place.

Pas la peine d’installer un cadre d’activités ou un mobile avant que le bébé ne puisse se déplacer. Le nourrisson a largement assez de temps pour s’occuper avec ses mains et ses pieds, pour découvrir son corps sans avoir besoin de stimulations extérieures.

Quel matériel éviter et quels accessoires privilégier ?

Pour respecter les principes de la motricité libre, certains accessoires de puériculture doivent être évités dans la mesure du possible :

  • Transat, cale-bébé, coconababy
  • Trotteur type youpala (fortement déconseillé et même interdit au Canada)
  • Siège pour le bain, hamac
  • Parc qui limite l’exploration
A lire aussi  Quand faire la démarche pour inscrire son futur bébé à la crèche ?

Privilégiez plutôt des vêtements amples et adaptés, et les pieds nus ou avec des chaussons à semelle souple pour découvrir le monde plus facilement. Un aménagement sécurisé de l’espace permet à l’enfant d’explorer sans entendre constamment « non », ce qui pourrait freiner ses acquisitions psychomotrices.

Comment accompagner son enfant dans cette démarche ?

Laisser progresser votre enfant à son propre rythme ne signifie pas que vous n’avez aucun rôle à jouer, bien au contraire. Pour bien grandir, un nourrisson doit se sentir en confiance et vous devez être présent pour le protéger et le soutenir.

L’enfant n’explore jamais le monde seul. Votre rôle c’est d’offrir une contenance psychique au tout-petit, c’est-à-dire lui accorder une attention de tous les instants et savoir précisément où il en est dans son développement. Le regard bienveillant de l’adulte reste primordial pour que le tout-petit se sente en sécurité.

Par exemple, lorsque l’enfant essaie de se mettre sur le ventre et que son bras se coince, laissez-le essayer de se dégager tout seul. Si après une minute ou deux, il n’y arrive pas et avant qu’il ne s’énerve, aidez-le délicatement.

Que faire pendant les moments de soins ?

Le Dr Emmi Pikler recommande de prendre très à cœur le temps des soins, incluant le changement de couche, l’alimentation, le bain et l’habillage. Ces moments doivent s’effectuer sans précipitation et de manière agréable.

L’un des moments clés de la motricité libre c’est celui des soins. Demandez dès les premiers mois à votre enfant de participer en levant les jambes pour faciliter le nettoyage. Quand il est plus grand, il peut tenir dans ses mains la couche propre, les cotons ou les lingettes.

Vous pourrez lui proposer de tendre la main pour l’habiller et attendre qu’il fasse le mouvement pour enfiler le vêtement. Cette approche coopérative permet à l’enfant de devenir participant actif plutôt que récepteur passif.

Comment organiser le bain libre ?

Le bain représente un moment privilégié pour appliquer les principes de la motricité libre. Pour rendre ce moment encore plus bénéfique pour bébé, optez pour le bain libre en le plaçant sur le dos, dans 5 centimètres d’eau, sans accessoires.

A lire aussi  Comment gérer l'arrivée des premières dents de votre bébé ?

L’enfant est libre de jouer avec ses pieds, ses mains, de découvrir la sensation de l’eau qui bouge en même temps que lui. Il apprend vite à barboter et devient plus rapidement maître de ses mouvements dans cet environnement aquatique.

Cette liberté de mouvement dans l’eau peut d’ailleurs éveiller chez certains enfants un goût pour les activités corporelles rythmées, comme la danse pour bébé, qui prolonge naturellement cette exploration du corps dans l’espace.

À quel rythme l’enfant progresse-t-il ?

Avec la motricité libre, l’enfant apprend à son propre rythme et ne doit pas être pressé par nos propres attentes ou les comparaisons avec d’autres enfants. Certains enfants se mettent debout à 7 mois, d’autres après 12 mois, mais ce décalage n’a aucune importance.

Lorsqu’il apprend à se coucher sur le ventre, à se retourner, à s’asseoir, à se tenir debout et à marcher, votre bébé n’apprend pas seulement les mouvements. Il découvre sa propre capacité à apprendre, à expérimenter et à surmonter les difficultés.

Il découvre également la joie et la satisfaction du succès qui résulte de la patience et de la persévérance. Cette construction progressive de la confiance en soi constitue un fondement solide pour tous les apprentissages futurs.

Quelles précautions prendre ?

La motricité libre demande une vigilance constante, surtout lorsque l’enfant commence à se déplacer, afin de minimiser les risques d’accidents domestiques. Il s’agit de créer un environnement sécurisé où l’enfant peut explorer sans danger.

Un aménagement de l’espace peut être intéressant afin de sécuriser au maximum la maison. Si l’enfant entend constamment « non » ou « ce n’est pas permis de toucher cela », ça peut être déstabilisant et freiner les acquisitions psychomotrices.

La motricité libre est un formidable outil pour favoriser le lien d’attachement parent-enfant en développant la confiance mutuelle. Elle permet au nourrisson de se développer à son propre rythme tout en construisant avec ses parents une relation de confiance plus solide et plus stable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

81 + = 90
Powered by MathCaptcha

Retour en haut